Conversation avec Laurent Alexandre, pour Dreuz.info

  L.ALaurent Alexandre est un chirurgien-urologue, essayiste, et entrepreneur français. Fondateur du site web Doctissimo, il s’intéresse au mouvement transhumaniste et aux bouleversements que pourrait connaître l’humanité, conjointement aux progrès de la science dans le domaine de la biotechnologie. Son dernier livre, co-écrit avec Jean-François Copé, est L’IA va-t-elle aussi tuer la démocratie ?

  Laurent Alexandre s’entretient ici avec Grégoire Canlorbe, journaliste scientifique qui couvre des sujets comme le climat, l’intelligence, ou la religion. Contact de Canlorbe : gregoire.canlorbe@wanadoo.fr

  Grégoire Canlorbe : On se souvient que Nietzsche voyait dans le contrôle des naissances, ainsi que dans la non-assistance envers les éléments manifestement trop faibles (au plan des aptitudes physiques ou mentales), un aspect incontournable de la culture du surhumain qu’il appelait de ses vœux. En tant que transhumaniste supposé, regrettez-vous l’effondrement du mouvement eugéniste dans les années 1950 ?

  Laurent Alexandre : Je ne crois pas que les années 1950 soient une période de recul de l’eugénisme, elles sont bien plutôt une période de mutation de l’eugénisme. Quand Julien Huxley invente le mot « transhumanisme » en 1957, c’est aux fins de créer un eugénisme de gauche… c’est-à-dire, un eugénisme égalitaire. Les années 1950 n’ont donc pas vu reculer l’eugénisme après les horreurs du nazisme : elles ont vu l’eugénisme de droite muter en un eugénisme de gauche, baptisé « transhumanisme » par Huxley.

  Grégoire Canlorbe : La responsabilité alléguée des émissions carboniques humaines dans le réchauffement contemporain est un sujet propice à faire monter la température dans les débats. Pourriez-vous nous rappeler les grandes lignes de votre réévaluation prométhéenne (ou faustienne) de la politique climatique : à savoir une réévaluation qui ne nie pas la nécessité d’atténuer l’effet de serre supposément lié aux émissions de CO2, mais qui entend concilier action climatique, domination industrielle et cognitive de la nature, et jouissance matérialiste ?

  Laurent Alexandre : Contrôler les émissions de CO2 va être incroyablement compliqué. On va passer plusieurs décennies très difficiles. Et si, comme je le crois, il y a un lien entre CO2 et climat, on ne va pas pouvoir réduire les émissions de CO2 avant 2050. On va avoir des soucis climatiques sans doute jusqu’à la fin du siècle.

  Première raison à cela, les collapsologues surestiment l’acceptation par le corps social d’une politique de réduction du CO2. On a vu ce que signifie une toute petite baisse du pouvoir d’achat des Gilets Jaunes pour lutter contre l’effet de serre : on imagine ce que donnerait une baisse de 30 à 40% du pouvoir d’achat des classes populaires. On aurait une vraie révolution, qui serait vraisemblablement une révolution d’extrême-droite plutôt qu’une révolution d’extrême-gauche dans le contexte actuel. Une politique décroissantiste sera donc très difficilement acceptée… et l’on voit bien que tous les sondages montrent justement que la priorité des Français est le pouvoir d’achat avant la transition écologique.

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