Entretien avec Deirdre McCloskey, pour le journal « Man and the Economy »–version francophone

  Cette entrevue a été publiée, en anglais, par le journal Man and the Economy, dans leur édition de juin 2017, et mise en ligne sur leur site web dès décembre 2016.

  Deirdre Nansen McCloskey a enseigné l’économie, l’histoire, l’anglais et la communication à l’université d’Illinois à Chicago de 2000 à 2005. Economiste, historienne et rhétoricienne réputée, elle a écrit 17 livres et environ 400 publications académiques sur des sujets divers et variés allant de l’économie technique et la théorie statistique à la promotion du transgenre et l’éthique des vertus bourgeoises. Elle est connue en tant qu’économiste « conservatrice » de l’école de Chicago (où elle a enseigné dans les Facultés d’Économie et d’Histoire de 1968 à 1980), mais se présente en tant que « femme du Midwest lettrée, adepte de la théorie quantitative, postmoderne, épiscopalienne progressiste et adepte du libre marché. Et non « conservatrice » ! Je suis une libertarienne chrétienne. »

  Son dernier livre (sorti en mai 2016 aux presses de l’Université de Chicago) s’intitule L’Égalité bourgeoise: comment les idées, et non le capital ou les institutions, ont enrichi le monde (Bourgeois Equality: How Ideas, Not Capital or Institutions, Enriched the World) et donne une explication fondée sur les idées quant à la forte élévation des standards de vie de 1800 à nos jours. Les accidents de la Réforme et de la Révolte en Europe du nord-ouest de 1517 à 1789 menèrent à une nouvelle forme de liberté et de dignité pour les citoyens – via la diffusion d’idées appelées « libérales » – qui provoquèrent ensuite l’explosion de la hausse des standards de vie par la voie du commerce dès lors « libéré ».

  Son livre précédent, appartenant à une même trilogie et intitulé La dignité bourgeoise : pourquoi l’économie est incapable d’expliquer le monde moderne (Bourgeois Dignity: Why Economics Can’t Explain the Modern World – 2010) démontre que les explications matérialistes telles que l’épargne et l’exploitation n’ont pas suffisamment de vigueur économique ou de pertinence historique. Le premier livre de la trilogie L’ère bourgeoise (the Bourgeois Era trilogy), Les vertus bourgeoises: l’éthique de l’ère du commerce (The Bourgeois Virtues: Ethics for an Age of Commerce – 2006), démontre que, contrairement à ce que clame le clergé à gauche comme à droite depuis 1848, la bourgeoisie a du bon et l’enrichissement par le commerce n’est pas la pire des éthiques.

  Grégoire Canlorbe : Pourriez-vous commencer par nous rappeler les lignes de force de votre argumentaire libertarien en faveur du principe de la libre économie de marché et à l’encontre de la croyance que l’intervention étatique est virtuellement omnipotente ?

  Deirdre McCloskey : Un principe et une conséquence. Le principe est celui libéral que la persuasion et l’échange sont meilleurs pour les humains que la violence et la compulsion. Le principe libéral encourage les vertus bourgeoises, par opposition aux vices aristocratiques / bureaucratiques. Il a été loué depuis longtemps – par le Saint Adam Smith, par Mill, par Herbert Spencer, par Mises, Hayek et Friedman. Smith parlait du « système évident et simple de la liberté naturelle », et déclarait en 1755 que « pour élever un État du dernier degré de barbarie au plus haut degré d’opulence, il ne faut que trois choses : la paix, des taxes modérées et une administration tolérable de la justice ; tout le reste est amené par le cours naturel des choses. » Il ne réalisait pas à quel point l’avenir allait donner raison aux déductions qu’il tirait du principe libéral, lorsque ce dernier serait lentement adopté au cours du XIXème siècle, contre les anciennes et nouvelles pressions du mercantilisme – aussi anciennes que les Actes de Navigation et aussi neuves que l’administration Trump.

  La conséquence est qu’adhérer au principe libéral, comme la Chine l’a fait dans sa politique économique depuis 1978, et l’Inde dans son économie et son régime politique depuis 1978, entraîne un Grand Enrichissement, une augmentation du revenu réel par tête en l’espace de deux ou trois générations d’un niveau horrible de pauvreté à un degré raisonnable de confort – de l’ordre non de 100% ou même de 200%, mais de 3000%. La conséquence du libéralisme après 1800 fut que la masse des gens ordinaires était encouragée à s’exprimer et à expérimenter. Cette « liberté d’essayer » résulta dans la machine à vapeur, la plaque de verre, les automobiles, la conteneurisation, et l’université moderne.

  Grégoire Canlorbe : Un de vos champs d’étude favoris, dans lequel Vilfredo Pareto avait été un précurseur avec sa théorie des « résidus » et des « dérivations », est la rhétorique des économistes. Un trait significatif de notre époque, à cet égard, semble être l’invasion des slogans fallacieux de l’anticapitalisme. « Tout phénomène passé, présent ou futur, écrivait Pareto sarcastiquement dans son Traité de sociologie, est expliqué par le mot magique de Capitalisme. Le Capitalisme seul est la cause de la misère, de l’ignorance, des mauvaises mœurs, des vols, des assassinats, des guerres. » Comment expliqueriez-vous l’attrait persistant de la rhétorique anticapitaliste ? Comment répondez-vous, en particulier, aux affirmations extrêmement populaires de Thomas Piketty sur l’aggravation des inégalités de revenu ?

  Deirdre McCloskey : J’ai moi-même été il y a longtemps un Marxiste accommodant. Je pense que l’attrait du socialisme provient de notre expérience d’enfant dans une famille aimante, où le revenu tombe mystérieusement de Papa, et Maman est le planificateur central. À moins que nous soyons élevés dans une ferme ou une petite entreprise, nous ne recevons aucune instruction précoce sur les charmes, et terreurs, de l’échange volontaire. Nous pensons que des commandements régissent l’économie, de la même manière que des commandements régissent la famille ou l’activité à l’intérieur de la firme – quoique l’enfant ne réalise pas que les prix dans les marchés à l’extérieur régissent tout. Il est choquant pour un enfant de la bourgeoisie, tel que Marx, Engels et Lénine, de s’apercevoir qu’il ou elle ne peut pas commander au riche d’alléger la pauvreté. Il ne vient pas à l’esprit de l’enfant que l’échange volontaire, et le fait d’être encouragé à expérimenter sous une éthique libérale, sont en fait ce qui a réduit la pauvreté. L’allégement n’est pas venu de la redistribution par la violence étatique du riche vers le pauvre.

  En ce qui concerne Piketty, j’ai écrit une critique respectueuse, de 50 pages, de son livre, concluant que c’est un effort courageux mais erroné du point de vue éthique, économique et historique. J’ai écouté à Shanghai en octobre 2016 un article de Samuel Bowles, un économiste autrefois Marxiste du Santa Fe Institute, dans lequel il montrait que la répartition du revenu est notablement similaire dans toutes les sociétés, anciennes et modernes. Que Sam conclue qu’il faille redistribuer massivement les revenus montre la persistance du penchant gauchisant acquis en tant qu’enfant, contre les preuves de l’échec du socialisme accumulées en tant qu’adulte. Une politique de redistribution ne découle pas naturellement des découvertes historiques fascinantes de Sam. Bien au contraire.

  On peut légitimement accuser Piketty (et non Bowles, cependant) d’être obsédé par la consommation vulgaire du riche. Son livre ne montre aucun intérêt pour la condition de la classe travailleuse, qui a été gigantesquement améliorée par le mal nommé « capitalisme » (qu’on ferait mieux d’appeler « innovisme », ou « avancement humain testé par le commerce »). Sans aucune preuve solide à l’appui, Piketty propose de couper court à son travail enrichissant.

  Grégoire Canlorbe : Une critique courante des conceptions Néoclassiques et Autrichiennes affirme que le modèle Arrow-Debreu sur lequel est fondée la microéconomie moderne n’a rien à voir avec la compétition et les marchés dans le monde réel. Qui plus est, selon le théorème « Anything goes ! » de Sonnenschein, Mantel et Debreu, rien ne garantit la « stabilité » de l’équilibre général. La théorie Néoclassique est par conséquent un système Platonicien qui ne fonctionne pas même en théorie. En tant que connaisseur des « péchés économiques » et partisane d’une approche Aristotélicienne en économie, quel regard portez-vous sur cette opinion populaire ?

  Deirdre McCloskey : Le problème, comme je l’écrivais dans un article récent (disponible sur deirdremccloskey.org), « The Two Movements in Economic Thought, 1700-2016: Empty Economic Boxes revisited », est une formulation rhétorique mal choisie, la locution « compétition parfaite ». Après 1848, la compétition « parfaite » vint à être vue de manière croissante par la gauche et le centre, et même par certains à droite, comme une bête mythique, une licorne. Les économistes découvraient, pensaient-ils, des raisons de plus en plus nombreuses de douter qu’une telle bête existât, même approximativement.

  Le mot « approximativement » est ici crucial. Ce qu’une science politique quantitative telle que l’économie requiert est des approximations précises, dans lesquelles nous connaissons le degré réel d’approximation. C’est ce que les autres sciences quantitatives font. Par exemple, je clamerais, et le fais dans l’article, que la baisse des coûts de transport et de transaction depuis 1848 a massivement amélioré l’approximation des marchés compétitifs et a falsifié l’affirmation tenace que les monopoles augmentent constamment. C’est le type de résultat qu’on peut attendre du fait de mesurer effectivement les « imperfections ».

  Grégoire Canlorbe : Une seconde critique porte sur la proposition que tout échange libre et volontaire est, par nature, profitable à toutes les parties. Il n’est pas rare de rétorquer que cela néglige les relations de pouvoir qui sous-tendent la plupart des échanges dans la société et qui font d’eux un jeu à somme nulle. Puisqu’ils ne possèdent pas les moyens de production, les travailleurs sont contraints pour leur subsistance de vendre leur « force de travail ». Il n’y a rien de « libre » ni d’équitable dans un tel arrangement.

  C’est aussi une erreur de situer l’origine de la richesse dans le principe de l’échange volontaire en tant que tel. À la place, les avantages productifs de l’échange viennent de ce que la division du travail est d’autant plus étendue et diversifiée que les possibilités d’échange sont accrues et diversifiées. À la réflexion, reconnaissez-vous une certaine pertinence à ces différents points de vue ?

  Deirdre McCloskey : Non, je ne reconnais pas leur pertinence. Là encore, je traite les problèmes dans le détail ailleurs, par exemple au chapitre 60 de Égalité bourgeoise. « Volontaire » ne signifie pas « libéré de la rareté » ou « libéré des lois de la physique ». Cela signifie « libéré de la coercition violente d’autres êtres humains ». C’est-à-dire que c’est l’opposé de l’esclavage littéral. (La locution « esclavage salarial » est une contradiction dans les termes et doit être écartée.) Le libéralisme ne promet pas le nirvana, mais seulement la réduction de la violence humaine dont l’esclavage. La réduction ou l’élimination des esclavages après 1800 conduisit à l’enrichissement stupéfiant qu’un peuple libre peut concevoir.

  Grégoire Canlorbe : Une troisième approche soutient que la théorie économique mainstream est infectée par un biais pro-multiculturalisme qui provient d’une anthropologie erronée. Selon cette critique, la théorie économique mainstream croit que la division du travail et la commerce constituent la vraie fondation de la société – et que les idéologies et les visions du monde jouent un rôle secondaire et accidentel dans la vie sociale des individus. Puisque l’association humaine n’a pas d’autre limite que l’étendue de la division du travail, toutes les cultures sont spontanément capables et désireuses de « vivre les unes à côté des autres » et de « profiter les unes des autres » même sur un territoire commun.

  Aussi plaisante puisse-t-elle être, une telle anthropologie est ultimement fausse. Les idéologies, et non la division du travail, sont le vrai ciment des sociétés. Et comme Arthur Koestler l’exprimait éloquemment en 1968 : « Les tendances agressives d’affirmation de soi dans la vie affective de l’individu sont moins dangereuses pour l’espèce que ses tendances transcendantes ou intégratives… Le nombre des victimes de crimes individuels commis au cours de quelque période de l’histoire que ce soit est insignifiant comparé aux masses joyeusement sacrifiées ad majorem gloriam, par dévotion aveugle envers la vraie religion, la vraie dynastie, ou le vrai système politique. »

  Deirdre McCloskey : Vous êtes un pessimiste ! Je sais que le pessimisme est cool. Mais il a été un mauvais guide en ce qui concerne, au moins, les effets économiques des idées libérales au cours des deux siècles passés. Le clergé avait trois grandes idées depuis 1700 : le libéralisme, le nationalisme et le socialisme. Les deux dernières ont eu, bien sûr, des résultats épouvantables. Si quelqu’un pense autrement, il devrait prendre en considération leur combinaison, le national-socialisme. Mais en dépit des expérimentations menées au XXème siècle à partir des idéaux nationalistes et socialistes proposés par le clergé au XIXème siècle, l’idée libérale du XVIIIème siècle continua de fonctionner, pour notre plus grand bien.

  Grégoire Canlorbe : Vous venez de finir votre trilogie dédiée à révolutionner la manière dont nous envisageons la bourgeoisie, la moralité, les marchés, « le capitalisme éthique », et le « Grand Enrichissement » au cours des deux siècles passés. Pourriez-vous nous rappeler pourquoi le capitalisme n’émerge pas seulement de l’éthique Protestante comme Max Weber le prétend ?

  Deirdre McCloskey : La théorie de Weber est psychologique. Les gens craignaient pour leur salut, affirmait-il, et dès lors travaillent plus durement et épargnaient davantage. La théorie de Weber a été réfutée maintes et maintes fois depuis qu’elle a été articulée pour la première fois en 1905. Elle a été réfutée dans sa partie théologique, réfutée dans sa partie économique, et réfutée dans sa partie historique. Les nouvelles n’ont pas été transmises aux non-spécialistes, qui continuent de se délecter de cette combinaison attractive d’une étincelle spirituelle pour une flamme matérielle.

  La structure de mon argument est similaire à l’argument de Weber – une flamme spirituelle (le libéralisme conçu après 1700) allumant une flamme matérielle (l’ingéniosité humaine massive après 1800). Mais mon argument n’est pas psychologique. Il ne suppose pas qu’il se soit produit un changement dans la nature humaine ou dans la psychologie de la bourgeoisie. Mon argument est sociologique et politique, montrant qu’il s’est produit un changement dans ce que Marx appelait idéologie. C’est-à-dire que le changement qui s’est effectivement produit de 1700 à 1900 concerne le jugement éthique que d’autres gens que les entrepreneurs portaient sur les activités des entrepreneurs : la confection de ce que Schumpeter appelait une « civilisation respectant les affaires ». D’où la Chine après 1978. D’où l’Inde après 1991. D’où la Hollande après 1568, l’Angleterre après 1688, l’Écosse après 1707, et ainsi de suite.

  Grégoire Canlorbe : En insistant sur les facteurs idéologiques à l’origine de notre mode de vie fortuné, « libéral », et bourgeois (et en disqualifiant les explications purement institutionnelles et légales), entendez-vous fustiger l’approche Rothbardienne et Randienne du capitalisme, laquelle définit le système seulement en termes de droits de propriété et de justice ?

  Deirdre McCloskey : C’est une bonne idée, à laquelle je n’avais pas pensé avant. J’y adhère. La formule, populaire de nos jours à la Banque Mondiale, « Ajoutez des institutions (légales) et agitez », n’est pas une recette suffisante, ni même vraiment nécessaire sous certains aspects – le système légal de la Chine est notoirement autoritaire. Ce qui est nécessaire et habituellement suffisant est un changement dans l’idéologie en direction de l’avancement humain testé par le commerce. C’est ce qui a causé le succès de la Chine, et avant la Chine, des Pays-Bas, de l’Angleterre, de l’Écosse et le reste.

  Grégoire Canlorbe : Un de vos rôles modèles est le fondateur de la science économique, Adam Smith, que vous tenez aussi pour le « dernier des anciens théoriciens de l’éthique des vertus ». Selon vous, un aspect négligé de la défense de la libre économie de marché par Smith est son insistance, comme philosophe éthique, sur l’idée que les marchés florissants favorisent la pratique des vertus. Smith a été parfois perçu comme un défenseur cynique du capitalisme, encensant sa capacité à générer de la richesse et, en même temps, dépeignant la « société commerciale » comme dénuée de spiritualité. Vous suggérez au contraire que son argumentaire pro-capitalisme était profondément éthique.

  Je ne suis moi-même pas aussi sûr. Par exemple, Smith déclare que la spécialisation du travailleur s’effectue « au détriment de ses vertus intellectuelles, sociales et martiales. »

  Deirdre McCloskey : La remarque est tardive dans La Richesse des nations. Mais nous devons lire La Théorie des sentiments moraux aussi. Il y défend l’école éthique qu’une existence sociale apporte, telle que la société des marchés. La société qu’il avait à l’esprit n’était pas quelque fantaisie Rousseauiste d’une société parfaite, mais les basses terres d’Écosse vers 1759, 1776 ou encore 1790.

  Grégoire Canlorbe : Notre ère bourgeoise exhibe un esprit généralisé de rébellion envers toute idée d’autorité, tradition et excellence. Depuis la Révolution Française, qui a beaucoup détruit sur son chemin, la rébellion et la dérision ont été établies comme des valeurs intrinsèques.

  Deirdre McCloskey : « Innovation » était jusqu’au dix-neuvième siècle un mot tabou et continua de l’être dans certaines parties du monde – disons, la Chine jusqu’en 1911. Le coût d’une économie dans laquelle les gens ordinaires sont encouragés à entreprendre, se tromper, réessayer, innover, et se perçoivent comme égaux aux autres en dignité, est l’esprit de rébellion dont vous parlez. Une preuve que le libéralisme était nouveau et important, en d’autres termes, était le commencement de la parade sans fin de nouveautés culturelles, une avant garde après l’autre – impressionnisme, postimpressionnisme, cubisme, surréalisme, impressionnisme abstrait, le nouveau réalisme, l’art performance. Mes amis conservateurs s’en lamentent. Mais j’accepte cela comme une caractéristique – parfois, lamentablement, un coût – du plan libéral d’égalité, liberté et justice.

  Grégoire Canlorbe : Dans son essai de 2010, Le Génie de la Bête : une révision radicale du capitalisme, le sociologue, ancien entrepreneur dans l’industrie du rock n’ roll, et philosophe Howard Bloom élabore une apologie du capitalisme et de l’esprit entrepreneurial similaire à la vôtre. Sa thèse est que le système occidental démultiplie les pouvoirs créatifs du cosmos au nom de la dignité du pauvre et de l’opprimé, au nom du défi d’innover formulé par le cosmos lui-même, et au nom de ces faims spirituelles de la nature humaine que nous avons traditionnellement décrites et dédaignées comme « consuméristes ».

  Comme il l’écrit, « Il y a une histoire capitaliste qu’il n’est pas de bon ton de raconter. Depuis ses tout débuts, le capitalisme a été un libérateur, un facteur de mise à niveau émotionnel et un créateur ultra-rapide de nouvelles formes de pouvoir. » Cependant, « dans nos professions, dans le capitalisme émotionnel, dans le capitalisme de la passion, nous devons respecter le rôle du trivial, du frivole et du vain si nous voulons servir les aspirations de l’âme humaine. En fait, servir de tels besoins est central à la mission capitaliste… les servir est messianique. » Nous faisons Son œuvre « quand nous transformons les rêves les plus fous en réalités, réalités qui amplifient les pouvoirs ou élèvent les vies de nos compagnons humains. » Comment évalueriez-vous l’argumentaire Bloomien en faveur des accomplissements occidentaux, des vertus bourgeoises et du libre marché ?

  Deirdre McCloskey : Je suis certainement d’accord avec l’idée que l’avancement humain testé par le commerce a été causé par la créativité humaine et entraîne celle-ci en retour. Par exemple, il a libéré les femmes. Je ne connais pas l’œuvre de Bloom. Mais je me méfie des personnes qui formulent de grandes idées sur la société de marché sans se soucier d’apprendre la science économique. Au moins Marx a-t-il essayé !


  Grégoire Canlorbe, un journaliste, a mené de nombreuses interviews pour des journaux et revues tels que Man and the Economy, fondé par le lauréat du Prix Nobel d’économie Ronald Coase, Arguments, et Agefi Magazine ; et des think-tanks tels que Gatestone Institute. Il collabore, par ailleurs, avec Howard Bloom sur un ouvrage de conversations.

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